GERARD POTVIN 
TRAVAUX DE MISE AU POINT D'UN LEXIQUE 
EN VUE DE LA TI~ANSCRIPTION FRAN~AISE 
AUTOMATIQUE OU SEMI-AUTOMATIQUE 
DU TEXTE GREC D'AR.ISTOTE 
Le travaux qui font l'objet de la prdsente communication ont ~t~ 
effectu~s dans le cadre d'une &ude sur la doctrine aristot~licienne du 
X6yo¢. 
Tr~s t6t dans cette &ude, l'auteur a constat~ l'impossibilit~ de pro- 
c~der ~t une analyse rigoureuse du texte aristot~licien sans disposer d'une 
transcription ou d'une traduction oh chaque dl6ment du texte aristo- 
t~licien soit rendu de fa~on uniforme et oh les regroupements l~ar les 
unit~s de famiUes, de prdfixes et de suffaxes soient maintenus exactement. 
Ce dont il sentait le besoin, c'&ait tree transcription automatique 
ou semi-automatique de ce texte; et, fi sa connaissance, auctme transcrip- 
tion de ce type n'&ait disponible. 
I1 a donc d6cid~ de s'adonner k des travaux pr~paratoires ~ une telle 
transcription en pr6parant une premiere tranche d'un lexique (1000 
mots environ) pouvant &re utilis6 dans une tentative de transcription. 
II esp~re pouvoir en 1973-74 appliquer ce lexique b. une tentative de 
transcription semi-automatique d'au moins une partie de la Mdtaphy- 
sique d'Aristote. 
Dans l'6laboration de ce lexique, il a largement utilis6, pour des 
vastes op6rations de compilation, l'ordinatrice du centre de calcul de 
l'Universit~ de Montr&l. 
Une premi6re phase des travaux a consist6 ~t identifier, avec l'aide 
de l'Index Aristotdlicus de BOmTZ, 108 families comprenant au total 
pros de 3000 roots, et ~ assigner ~ chaque mot un code l'identifiant, le 
situant dans une famille et l'y plaqant soit comme terme-racine, soit 
comme terme apparent6, soit comme d6riv6, soit comme compos~ 
pr~verbe, soit comme compos6 de multiples racines. Durant cette 
phase, les meilleurs dictionnaires &ymologiques ont &6 utilis6s. 
Une deuxi~me phase a consists ~ faire reclasser par l'ordinatrice les 
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r6fSrences donnSes par l'Indes Aristot¢licus ~ chacun de ces 3000 mots, 
soit environ 150000 rSfSrences. Le dSpart ~!tait chacun des 3000 articles 
retenus de l'Index avec ses indications de passages off Aristote utilise 
le terme recensS. Le point d'arriv~e a StS une liste de 2600 pages indi- 
quant pour chaque ligne de r6dition Bekker, et, dans l'ordre de cette 
Sdition, la prSsence de run ou de quelques-uns des 3000 termes des 108 
families retenues (~XHImT-A). 
Ces listes ont permis une quatri~me phase off les substituts utilisSs 
dans des traductions latines ou franqaises d'usage courant ont fits re- 
levSs systematiquement dans un assez large 6chantillon de textes d'Aris- 
tote. La compilation de ces substituts est actuellement effectuSe par 
l'ordinatrice et sera disponible en mai (EXHImT-B). Les rSsultats permet- 
tront de situer le lexique de transcription en regard des lexiques courants. 
ParaU~lement aux trois phases prSc~dentes, une recherche de s& 
lection de base de transcription pour chacune des 108 familles et en- 
viron le tiers des 3000 termes a StS conduite. Les r~sultats en seront 
juxtaposSs aux r~strltats de la quatri~me phase (ExmmT-B). 
Enfm, le lexique ainsi SlaborS, a Std appliquS <~ manuellement )> ~l 
la transcription de passages d'Aristote pertinents ~t l'Stude menSe sur 
le ?~6~,og (EXHIBIT-C). Cet usage permet d'identifier certains probl~mes 
~t surmonter dans la traduction automatique ou semi-automatique de 
ces textes et obtenir une image pr~alable des rSsultats possibles par un 
tel mode de traduction. Dans cette transcription manueUe, la correspon- 
dance des suf\[ixes n'a pu ~tre assurSe. 
La transcription systSmatique famille par famille, et ensuite terme 
par terme, et 81Sment par 6lSment, conduit ~ un texte Strange. I1 paralt 
utile de juxtaposer au texte Strange une traduction de type courant 
qui lui serve en quelque sorte de mStalanguage (EXHImT-C). 
Ce travail ouvre de vastes perspectives et sugg~re des t,~ches amples 
et complexes du ressort d'Squipes consid6rables ou de rSseaux de col- 
laborations: 
1) il conviendrait de pousser plus h fond l'analyse de chaque fa- 
mille; 
2) il conviendrait d'~tendre le travail lexicographique k l'ensem- 
ble des termes utilis6s par Aristote; 
3) il conviendrait ~galement de l'6tendre ~t l'ensemble des termes 
de la langue des philosophes grecs; 
4) il serait peut-Stre dSsirable de l'Stendre ~t rensemble du grec 
classique. 
Selon l'extension donnSe, une transcription au moins semi-automa- 
TRANSCRIPTION FRAN~AISE DU TEXTE GREC D'ARISTOTE 295 
tique, de roeuvre d'Aristote, de la philosophie grecque ou m~me de 
la litt&ature grecque deviendrait possible. 
L'&ranget6 des r&ultats obtenus pose aussi un probl~me important. 
I1 est difficile d'appr6cier jusqu'ofi une transcription &range fournit un 
meiUeur instrument de communication que soit le texte grec lui-m~me, 
soit une traduction courante. I1 semble que l'on puisse porter ~, son 
credit la disparition de la pseudo-familiarit6 qui caract&ise la traduction 
courante et la continuit8 ~ la langue courante, continuit6 qui est im- 
possible pour le texte grec lui-m~me. 
La transcription rigoureuse exige une amplification de la langue 
courante et une planification et une ingSnierie de cette amplification. 
Ur/philosophe, tel est rauteur de la pr&ente communication, ne peut, 
seul, mener ~l bien une teUe ing~nierie. 
EXmBIT-C 
Lisons ce texte ~ la lois en language usuel et en language reconstitu& 
L'union de plusieurs voisinages constitue 
une cit~ compl&e qui est, somme toute, 
pleinement autonome. 
N~6e pour assurer la vie, die permet une 
vie sup&ieure. Aussi la cit~ est--elle r6alit~ 
natureUe tout autant que les communau- 
t& de base. Elle est leur fin et la nature, 
c'est la fin: nous appelons fin de chacun, 
homme, cheval ou maison, son &at au 
terme de sa gen~se. De plus, c'est le meil- 
leur &at qui est fin et terme et rantono- 
mie est terme; elle est le meilleur &at. 
I1 est done clair clue la cit~ est un fair de 
nature et que rhomme est naturellement 
animal civique. Si quelqu'tm est a-social 
par &olufion naturelle et non unique- 
ment par malchance, il ne peut &re 
qu'infra-humain ou supra-humain. Ho- 
m&e en d~nonce le type le disant "sans 
fraternitY, sans foi ni loi, sans feu ni lieu ". 
Iso16 comrne une piece anx 6checs, cet 
homme est bagarreur. 
1252b 27 La communaut/ de plusieurs 
voisinages est une pattie sommitale, tenant 
d'embl~e le bout de toute la sufftsance en 
soi-m~me, comme la parole le parle: ge- 
n& en rue du vivre, eUe est (du) bien 
vivre. Tarquoi toute pattie est (en) -crue 
de rhyme que le sont anssi les premieres 
communaut~s. Elle est en effet leur sore- 
men, la crue c'est le sommen: quel en effet 
est chaquelui, sa genaissance sommit/e, cela- 
m~me nous disons &re la crue (de) cha- 
quelui; de l'homme, par exemple, du che- 
val, de la maison. Encore, l'en-vue-(de)- 
1253a quoi et le sommen { c'est } le meilleur ; 
l'antarcie est et sommen et {&at} meilleur. 
Hors (de)ceux-ci done {il est) en-lu- 
mi&e parquoique la pattie est (des) (en)- 
crue et quequoi (en)-crue, l'homme est 
animal pattiotique; aussi l'apatride qui 
rest par crue et non par la Fortune est 
soit vil soit plus puCssant qu'homme; 
5 comme celui d6nonc~ dessous (de) Horn~re: 
"sans fratemit6, sans foi ni loi, sans feu 
ni lieu "; simultan6ment, en effet tellui 
(en)-crue est bagarreur, il est en effet 
isol~ comme une piece anx ~checs. 
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La nature qui, nous le disons couram- 
ment, ne fait rich en vain, nous indique 
pourquoi rhomme est animal plus so- 
ciable que rabeiUe ou tout animal grG 
gaire: de tousles animaux, rhomme est 
seul ~ possdder le discours. La voix, 
qui est signe du pdnible et de ragrdable, 
se retrouve chez d'autres animaux; leur 
nature atteint la sensation du pdnible et 
de ragrdable et leur signification mutuelle. 
Le discours, pour sa part, tend ~ montrer 
rutile et le nuisible, doric le juste' et 
rinjuste; c'est en effet une propridtd de 
rhomme parmi les animaux que de pou- 
voir sentir le bon et le mauvais, le juste 
et rinjuste et d'autres caract~res de m~me 
ordre. 
La maison et la citd naissent de la com- 
munication de ces caract~res. De plus, 
selon la nature, la citd a priorit6 sur la 
maison et sur chacun de nous. I1 est n& 
cessaire, en effet, que le tout prime la 
pattie: la destruction du tout entraine 
ceUe des parties; il ne reste plus, par 
exemple ni pied, ni main et on ne con- 
tinue ~t en parler clue par tree homonymie 
du type de celle qui permet de parler 
d'tme main de pierre. C'est d'ailleurs ce 
que la main devient .apr~s destruction du 
corps. Ce qui fonde l'appellation c'est 
en effet l'activit~ et la capacit~ et lorsqu'el- 
les ont disparues on ne peut plus parler 
d'identitd mais seulement d'homonymie. 
La citd est r&lit~ naturelle eta priorit~ 
sur chacun, c'est clair; chactm isold n'est 
pas autonome, sa situation ressemble 
celle de toute pattie en regard de son 
tout. De lh, qui ne peut communiquer ou 
n'a besoin de rien ~ cause de son autono- 
mie n'a pas part dans la citd, il est b&e 
ou dieu. 
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Z0 
GERARD POTVIN 
Parquequoi rhomme est animal patriotique 
plus que toute abeille et tout animal gr& 
gaire est briltant. La crue, comme nous 
le disons, ne fait rien inutilement: seul 
(des) animaux rhomme tient le ligen. La 
voix, en effet est signal du pdnible et de 
ragr&ble, parquoi sous-leade-t-elle aussi 
(aux) autres animaux (leur true en effet 
s'est ddvelopp& jusqu'~t (de) ceci, du te- 
nit sensation du p6nible et del'agr~able 
et de signifier ces m~mes les uns (aux) 
autres); le ligen, est dessus (du) brillanter 
le comportant et le nuisible et partant le 
juste et rinjuste: en effet, ceci est parti- 
culier h rhomme aupr~s les autres animaux 
de seul tenir sensation (du) bonet (du) 
mauvais, (du) juste et (de) l'injuste et 
(des) autres {couples similaires}; la com- 
munaut~ de ceux-la fait la maison et la 
pattie. Et (en) la crue, la patrie est prieure 
que la maison et chaquelui (de) nous. 
{I1 est} en effet inevitable clue l'entier soit 
prieur que la partie: rentier prdhend&en- 
haut, il ne sera ni pied, ni main sinon de 
mani~re homonyme ainsi que si qui lige 
la main de pierre (en effet d~p&ie, {elle} 
sera telle); tout en effet se borne (avec) 
l'oeuvre et la capacit~ de sorte clue ceux- 
ci n'dtant plus, il ne faut pas les liger 
encore les m~mes mais homonymes. 
~.5 Parquequoi donc la pattie est (en)-crue et 
prieure que chaquelui, {c'est} brillant: si 
chaquelui d'espad {fi'est} pas suffisant en 
soi-m~me, il se tient semblablement (aux) 
autres parties aupr~s rentier, le non-capa- 
citant communauter ou n'ayant besoin de 
rien par sut~sance en soi-m~me n'est nul- 
lement artie de la pattie; il est ainsi b&e 
ou dieu. 
(Pol. I, 2, 1252b 27o1253a 29) 
