L'ANALYSE LOGIQUE DES TEMPS DU PASSE EN FRAN~AIS 
Comment on peut appliquer la distinction entre nom de mati~re 
et nom comptable aux temps du verbe 
Christian Rohrer 
Universit~ de Stuttgart 
Institut de Linguistique 
KeplerstraBe 17 
7000 Stuttgart 1,Germany 
Introduction 
Dans cet expose j'aimerais prouver qu'il 
y a des rapports tr~s ~troits entre 
la s~mantique nominale et la s~mantique 
verbale. J'essaierai d'appliquer la 
distinction entre nom comptable 
(angl. count noun) et nom de mati~re 
(angl. mass noun) au domaine du verbe. 
En particulier il sera d~montr~ qu'un 
verbe (ou syntagme verbal) ~ l'imparfait 
d~note une entit~ du mSme type que celle 
d~not~e par un nom de mati~re. Un syn- 
tagme au pass~ simple ou au passe com- 
pose par contre denote une entit~ qui 
est analogue ~ celle d~not~e par un nom 
comptable. Exprim~ d'une fa$on moins 
philosophique: je veux expliquer pour- 
quoi on ne peut pas dire 
(1)XJean dansait trois fois. 
Cette phrase est s~mantiquement anormale 
(saul dans un sens it~ratif ou habituel). 
Elle est aussi anormale qu'un nom de 
mati~re priced% d'un adjectif numeral 
(2):¢trois eaux, ~deux beurres, ~trois ors, 
:~quatre argents, :~deux bl~s; 
(~ moins qu'on ne veuille designer 2 
types de beurre ou ~eux vari~t~s de 
bl~. Mais ~ ce moment 'beurre' n'est 
plus un nom de mati~re). 
Si on remplace l'imparfait par le passe 
compose ou par le passe simple alors la 
phrase (I) devient une phrase parfaite- 
ment normale 
(3) Jean a dans~ trois lois. 
Nous pr~senterons nos r~sultats de fa~on 
informelle. Ceux qui s'int~ressent ~ la 
formalisation pourront obtenir lors du 
congr~s A Tokio une copie de notre 
syst~me formel o~ les m~mes donn~es sont 
formalis~es dans le cadre de la grammaire 
de Montague. 
L_es propri~t~s s~mantiques des noms de 
mati~re 
Intuitivement la s~mantique des noms de 
mati~re est tr~s simple. Une partie d'une 
table n'est pas une table mais une 
tranche de pain est du pain. J'aimerais 
appeler cette propri~t~ des noms de 
mati~re la propri~t~ de sous-ensemble. 
Toute partie de pain (on tout sous- 
ensemble) a la propri~t~ d'etre du pain. 
(Je ne discuterai pas la question de 
savoir s'il existe des sous-ensembles 
minimaux indivisibles. C'est l'exemple 
bien connu de la tarte aux fraises. 
Est-ce qu'une fraise qu'on enl~ve d'une 
tarte aux fraises est de la tarte au 
fraises?) 
L'oppos~ de la propri~t~ de sous- 
ensembles est la propri~t~ d'union. Une 
pomme plus une pomme donne deux pommes, 
tandis que de l'eau plus de l'eau ne 
donne pas deux eaux. On peut mesurer 
l'objet d~not~ par un nom de mati~re, il 
n'est pas susceptible d'etre compt~. Ces 
distinctions sont connues depuis 
Aristote. La formalisation de ces 
distinctions A l'aide de la logique 
math~matique est beaucoup plus r~cente. I 
Les propri~t~s s~manti~ues des verbes 
Dans son ouvrage 'Time, Tense, and the 
Verbe W.Bull distingue deux classes de 
verbes: les verbes cycliques et les 
verbes non-cycliques. Un verbe cyclique 
denote un ~v~nement qui a une fin 
naturelle. On ne peut pas prolonger 
l'~v~nement au del~ de cette fin natu- 
relle. Bull donne l'exemple 'levantarse' 
(se lever). Une fois qu'on s'est lev~ on 
ne peut pas prolonger cette action. On 
dolt d'abord se rasseoir ou se recoucher 
avant qu'on puisse se lever de nouveau. 
D'autres exemples de verbes cycliques 
(ou syntagmes verbaux) seraient: 
(4) mourir, sortir, atteindre le sommet, 
traverser le fleuve, 6crire une 
lettre, construire une maison, 
fermer la porte; 
La diff6rence fondamentale entre un 
~v6nement non-cyclique se trouve dans le 
fait que ce dernier n'a pas de fin 
naturelle. On peut prolonger l'action 
ind6finiment - du moins th~oriquement. 
L'exemple typique d'un verbe qui denote 
un 6v6nement non-cyclique selon Bull est 
'dormir'. Je donne encore quelques autres 
exemples: 
(5) marcher, danser, chanter, ~tre 
malade; 
122 
Le parall~lisme entre les verbes non- 
~ycliques et les noms de matlere d~un 
cStE et entre les verbes cycliques et 
1--es noms comptables de i'autre 
(a) la mesure 
On peut mesurer les entitEs d6sign~es 
par les noms de matigre. On mesure le 
volume 'un litre de vin', le poids 'trois 
kilos de sucre' etc. Pour mesurer les 
actions ou Etats d~signEs par les verbes 
non-cycliques, on utilise des notions 
temporelles. 
(6) dormir une heure, marcher de deux 
heures ~ quatre heures, chanter de- 
puis le matin, danser jusqu'au soir. 
Les adverbes 'une heure', 'de deux heures 
quatre heures', etc. dEsignent un inter- 
valle. Cet intervalle mesure la dur~e 
effective de l'action en question. Si 
l'on combine ces adverbes avec des verbes 
cycliques alors l'adverbe ne mesure plus 
la dur~e d'une action unique; il mesure 
combien de fois une action a lieu 
l'int~rieur de cet intervalle. 
(7) se lever pendant une heure, fermer 
la porte pendant une heure, traverser 
le fleuve toute la journEe. 
Si l'action est unique, c.O.d, si une 
interpretation it~rative est exclue, on 
obtient une contradiction. 
(8) XJean a trouvE la mort dans un 
accident d'aviOn pendant une heure. 
(b) l_a propriEtE de sous-ensemble 
Le fait qu'un adverbe temporel comme 
'pendant une heure' entralne une lecture 
(interprEtation) itErative avec les 
verbes cycliques s'explique de la fagon 
suivante: Si 'Jean a march~ une heure' 
est vrai, alors la phrase 'Jean marche' 
est vraie A tout moment de cette heure. 
Nous avons ici un parallElisme avec la 
propri6t~ de sous-ensemble des noms de 
mati~re. Si nous avons un litre de vin 
alors n'importe quelle pattie de ce 
litre est ~galement du vin. De mSme, si 
Jean marche de 2 g 3 heures, alors 
n'importe quel intervalle entre 2 et 3 
heures est un intervalle o~ Jean marche. 
Jean marche 
2h Jean marche 3h 
Par contre si Lindberg a traverse l'At- 
lantique en 30 heures alors il ne 
s'ensuit pas que Lindberg a traverse 
l'Atlantique en 20 heures ou en 10 
heures ou en 30 secondes. 
Un adverbe comme 'en une heure' ne peut 
s'appliquer qu'~ des verbes cycliques. 
Ii indique que l'action atteint sa fin 
naturelle en une heure. 'En une heure' 
presuppose une action qui a une limite 
naturelle. C'est pourquoi des phrases 
comme (9) et (10) ne sont pas grammati- 
cales 
(9) ::Jean a marchE en une heure. 
(10) :~Marie a travaill~ ~ sa th~se en 
une heure. 
La distribution des periphrases verbales 
comme 'cesser de', 'arr~ter de', 'conti- 
nuer ~', confirme ce que nous venons de 
dire sur la distinction entre verbes 
cycliques et non-cycliques. 
(11) Jean a cessE de {fumer, travailler, 
chanter}. 
(12) XJean a cess~ de {traverser le 
fleuve, atteindre 
le sommet, fermer 
la porte}. 
'Cesser de p' est vrai ~ un moment t si 
pest faux ~ t et s'il existe un inter- 
valle avant t o~ pest vrai. Soit en 
figure 
p up 
L 
t' t 
Cette figure montre que 'eesser de' prE- 
suppose un intervalle qui mesure la 
durEe d'une action ou d'un Etat. Nous 
avons dEj~ vu que les verbes cycliques 
ne sont pas compatibles avec la notion 
de mesure. A l'exception du cas o~ la 
phrase est interpr~tEe de fa~on itEra- 
tire. 
Conclusion 
Les verbes non-cycliques ont la propri~tE 
de sous-ensemble. Si une phrase avec un 
verbe non-cyclique est vraie pendant un 
intervalle I, alors la phrase est ~gale- 
ment vraie pendant tout sous-ensemble I' 
de I. 
(c) la propri6t6 d'union 
Imaginons la situation suivante. Pierre 
a travaill~ quatre heures le matin et 
quatre heures l'apr~s-midi. Alors on 
peut former l'union et dire Jean a tra- 
vaill~ huit heures. Cette operation fait 
de deux intervalles un nouvel intervalle. 
Cette operation n'est pas possible dans 
le cas des verbes cycliques. De 'Pierre 
a traverse le fleuve en I heure le matin 
et en 30 minutes l'apr~s-midi' il ne 
s'ensuit ~videmment pas 'Pierre a tra- 
vers~ le fleuve en I heure et 30 minutes'. 
'La travers6e d'un fleuve' denote un 
objet du m~me type que celui dEnotE par 
-123- 
un nom comptable. I1 ale m@me comporte- 
ment syntaxique. On peut le mettre au 
pluriel (les travers6es), le combiner 
avec un adjectif num6ral (deux tra- 
vers6es) etc. Les nom d6riv@s de verbes 
non-cycliques par contre se comportent 
plutSt comme des noms de mati~re. 
Comparez: ::les sommeils, Xdeux sommeils. 
Deux types d'adverbes de fr6quence 
Avant d'aborder le probl~me principal, 
l'incompatibilit~ de l'imparfait avec 
des adverbes num@raux (:¢Jean dansait 
trois lois.), il est n~cessaire de ca- 
ract6riser bri~vement cette classe 
d'adverbes. Normalement les linguistes 
ne distinguent qu'une classe d'adverbes 
fr@quentatifs. Cette classe contient des 
formes comme 'souvent, rarement, quel- 
quefois, trois fois, plusieurs lois, 
fr~quemment, toujours, jamais' etc. 
Cependant nous pouvons montrer que ces 
adverbes ne constituent pas une classe 
homog~ne. D'apr~s leur distribution syn- 
taxique on peut les diviser en deux 
classes. Je ne donne que quelques cri- 
t@res pour les distinguer: 
Occurrence avec 'il arrive que' 
(13) Ii arrive (souvent, rarement, quel- 
quefois, ::trois fois, Xplusieurs 
fois, ne ... jamais, fr6quemment) 
que Pierre arrive trop tard. 
Le pr@sent g6n~rique 
(14) Jean gagne (souvent, rarement, ne 
...jamais, Xtrois fois, ::plusieurs 
fois) une partie de poker. 
'Souvent, rarement, ne ... jamais' ont 
une port6e plus grande que 'trois fois, 
plusieurs fois'. J'emploie le terme 
'port@e' dans un sens technique. II 
correspond au terme anglais 'scope'. 
(15) Jean frappe (souvent, rarement, 
ne ... jamais) trois fois 
(16) Jean frappe (::trois fois, :¢plu- 
sieurs fois) souvent. 
Les propositions conditionnelles 
(17) Si vous grattez une allumette, elle 
s'allume (souvent, rarement, 
(X)trois fois, :~plusieurs fois, 
quelquefois). 
Dans cette phrase tousles adverbes de 
fr~quence sont possible Ii existe ce- 
pendant une diff6rence de sens. Les ad- 
verbes 'plusieurs fois, trois fois' ne 
se rapportent qu'~ en proposition princi- 
pale. On peut illustrer cette diff6rence 
de la port6e des adverbes si on place 
les adverbes au d~but de la phrase. En 
position initiale, seul !es adverbes 
'quelquefois, souvent, rarement', 
(c'est-~-dire les adverbes qui modifient 
la phrase enti~re) sont possibles. 
(18) (Quelquefois, souvent, rarement, 
::trois fois ...) si vous grattez 
une allumette, elle s'allume. 
Sur la base de ces crit~res distri- 
butionnels nous divisons les adverbes en 
deux classes: Alexander P. Mourelatos 
propose une classification analogue pour 
l'anglais dans son article 'Events, 
Processes and States' 2 
Nous appelons les adverbes de la classe 
A 'adverbes de fr6quence' et les ad- 
verbes de la classe B 'adverbes num@- 
riques'. 
(19) A 
souvent, rarement, dans la plupart 
des cas, fr6quemment, quelquefois, 
ne ... jamais, toujours, dans 50% 
des cas 
B 
une fois, deux fois, trois lois, 
plusieurs fois 
Ce qu'il y a de surprenant dans cette 
liste c'est le fait que les adverbes 
'plusieurs fois' et 'quelquefois' ne 
sont pas dans la m@me classe. Ces ad- 
verbes semblent ~tre presque synonymes 
maisn~anmoins ils on une distribution 
diff6rente. 
Caract6risation s6mantique des deux 
classes d'adverbes 
Nous avons montr~ ~ l'aide de crit~res 
distributionnels que les adverbes fr6- 
quentatifs se divisent en deux classes. 
Est-ce qu'il existe aussi des crit~res 
s~mantiques pour les diff~rencier? 
En d'autres termes, existe-t-il des 
traits pertinents qui sont communs 
tousles adverbes de la classe A et des 
traits pertinents qui sont communs 
tousles adverbes de la classe B? Les 
adverbes de la classe A se trouvent dans 
des phrases qui d~notent des habitudes, 
des dispositions, des lois naturelles, 
etc., c'est-~-dire des actions ou des 
@v~nements qui se produisent avec une 
certaine probabilitY. Avant de pouvoir 
formuler une loi naturelle ou une ten- 
dance on doit observer un certain nombre 
d'occurrences d'un ~v@nement et puis 
g~n~raliser ~partir de ces observations. 
On fait des pr6dictions sur un hombre 
d'occurrences qui peut ~tre infini. 
On peut illustrer cette difference 
l'aide de la paire 'toutes les fois' et 
'toutes les lois sauf une'. Dans une 
phrase du type 'toutes les fois sauf 
une' ~ la proposition concerne un hombre 
fini d'occurrences de l'6v~nement d@- 
not~ par ~ . Cette phrase n'exprime pas 
une loi g6n6rale. Avec une phrase du 
" 124-- 
type'toutes les fois ~' par contre on 
formule une loi g6n~rale. 
L_/incom~atibilit6 de l'imparfait avec 
des adverbes num6raux 
Hypoth~se: Le mSme ph6nom~ne s6mantique 
qui exclut l'emploi d'un nom de mati~re 
avec un adjectif num6rique (ex. Xtrois 
argents) exclut aussi l'emploi de l'im- 
parfait avec un adverbe num6rique (ex. 
XJean dansait trois fois). 
Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas compter 
du sable? La r6ponse est tr~s simple, 
parce qu'il n'y a pas d'unit~ de base. 
Si l'on prend le grain de sable comme 
unit6 de base alors on peut compter. 
Seulement Ace moment-l~ on ne compte 
plus du sable mais des grains de sable. 
Qu'est-ce qu'on compte avec des adverbes 
num~riques tels que~2 fois~ '3 foist ~plu - 
sieurs fois?'Prenons un exemple 
(20) la toupie a tourn6 trois fois.< ~=) 
la toupie a fait trois r6volutions. 
Chaque r6volution est une action com- 
pl~te (avec un d6but, un milieu, et une 
fin). La phrase 'la toupie a tourn61est 
vraie si et seulement si une revolution 
est termin~e. La phrase 'la toupie a 
tourn6' n'est vraie qu'apr~s un intervalle. 
Par contre 'la toupie tournait~est vraie 
n'importe quel moment du pass@ ou la 
toupie est en mouvement. 
t I t 2 t 3 t 4 
Examinons le sch@ma suivant, qui repr~- 
sente trois revolutions d'une toupie. 
Pour la phrase au pass6 compose nous 
avons une units de base. Cette unit6 est 
une r6volution compl@te, une r@volution 
accomplie. Ce n'est pas par hasard qu'on 
appelle le pass6 compose un temps 
accom~. Une r@volution est une unit6 
~en d&limit6e qu'on peut compter. Mais 
quelle serait l'unit6 pour l'imparfait? 
La phrase 'la toupie tournait' est vraie 
n'importe quel moment de l'intervalle 
\[tl,t4\]. Cet intervalle contient une 
infinzt~ de points (si l'on adopte un 
syst~me temporel fond~ sur les nombres 
r@els). C'est exactement la m~me situa- 
tion que nous avons trouv@e dans le 
domaine des noms de mati~re. Qu'est-ce 
qu'on compte quand on compte du sable? 
Nous avons dit qu'on pourrait compter 
les grains. Dans l'exemple de la toupie 
qui tournait on pourrait compter les 
moments, les secondes, les minutes od 
elle tournait. Mais les secondes sont 
des unites superpos@es, des unites 
ajout6es apr~s coup, comme le m~tre, le 
litre, le kilo pour compter les entit6s 
d@not@es par les noms de mati~re. 
Apr~s cette description informelle 
j'aimerais formuler mes hypotheses de 
fa~on plus pr6cise. Tout d'abord il faut 
d6finir ce que signifie l'imparfait. Une 
phrase ~ ~ l'imparfait est vraie ~ un 
moment t s'il existe un moment t' dans 
le passe ou ~ est vrai. De plus il 
existe un intervalle, dont t' est le 
point final, et ~ est vrai A tout point 
t" de cet intervalle. 
\[IMP ~\]t = I ssi ~t'<t et il existe un 
intervalle I~t' et pour tout t"eI, 
\[~\]t" = I 
Sch~matiquement, on peut repr6senter les 
conditions de v6rit6 de l'imparfait: 
I 
t' t 
est vrai ~ tout moment de l'inter- 
valle I. ~ peut continuer apr~s I ou non. 
La definition admet les deux possibili- 
t~s. 
Les Guillaumistes et les lecteurs de 
M. Martin reconnaltront une certaine 
affinit~ avec le schema bien connu: 
Si nous traduisons la phrase 'XLa toupie 
tournait trois fois', en un langage 
logique, nous avons au moins deux possi- 
bilit~s. 'trois fois' est un op~rateur 
qui porte sur une phrase, l'imparfait 
est ~galement un op~rateur de phrase. 
Les deux possibilit~s de representation 
sont donc: 
(21a) IMP (trois fois ~) 
(21b) trois fois (IMP ~) 
La formule (21a) est vraie ~ un moment 
t s'il existe un intervalle I dans le 
pass~ et si ~ tout moment de cet inter- 
valle la formule '3 fois ~' est vraie. 
Qu'est-ce que cela signifie pour notre 
exemple ':~la toupie tournait trois lois'? 
Retournons ~ notre schema: 
--125-- 
I I I 
a tb t c t 
t 4 
Soit I l'intervalle \[tl,t4\]. Selon la 
condition de verite pour l'imparfait la 
phrase 'la toupie tourne trois fois' 
doit 8tre vraie ~ tout moment de l'inter- 
valle \[tl,t 4\] . Puisque cet intervalle 
contient un nombre infini de moments 
alors 'la toupie tourne trois fois' de- 
vrait ~tre vrai un nombre infini de fois. 
Ce qui n'est pas le cas. La formule (21a) 
est donc ~ 61iminer. 
Ii existe d'ailleurs des arguments 
syntaxiques qui indiquent que les ad- 
verbes num@raux ont une port@e plus 
large que les op~rateurs temporels. Voy- 
ons donc ce que donne la formule (21b). 
La formule (21b) est vraie au moment t 
s'il existe trois points ta,tb,t c oh 
IMP ~ IMP ~ est vrai. Nous avons marqu6 
ces trois points dans notre sch@ma. 
Chaque point est pr&c&d~ d'un intervalle 
I o~ ~ est vrai. La formule (21b) est 
donc vraie dans la situation donn@e. 
Mais je pourrais tout aussi bien choisir 
4 ou 5 points od IMP ~ est vrai. Ii existe 
un hombre arbitraire de points od la 
phrase 'La toupie tournait' est vraie. 
Dans la situation repr&sent6e par le 
sch&ma ci-dessus les phrases 'XLa toupie 
tournait 3 fois, 4 lois, 5 fois, ....... 
n fois' seraient toutes vraies. Notre 
d&finition de l'imparfait rend donc bien 
compte de l'intuition qu'une phrase 
l'imparfait d&note qc de non-comptable. 
Ii n'y a pas d'unit& de base. 
Le m~me probl~me se pose d'ailleurs pour 
la forme progressive de l'anglais. 
A. Mourelatos (1978) constat& dans son 
article que des phrases du type 
(22) Bill was beating Mary three times. 
(23) John was crossing the Channel three 
times. 
sont extr~mement rares. Les personnes 
qui acceptent ces phrases les inter- 
pr~tent dans un sens it&ratif/habituel 
ou dans un sens intentionnel (c.~.d.Bill 
avait l'intention de ...). 
La d6finition des conditions de v@rit@ 
pour la forme progressive que R. Montague 
donne dans son article 3 assigne aux 
phrases (22) et (23) la valeur de v6rit& 
'faux', si on les traduit ~ l'aide de la 
formule 
(24) PROG (Three times ~ ) 
Si l'on change l'ordre des op6rateurs, 
c.O.d, si l'on donne la traduction (25) 
(25) Three times (PROG ~) 
alors on obtient les memes^ cons6quences 
ind&sirables que nous avons constat&es 
pour la formule 'trois fois (IMP ~). ' 
Pour terminer je donne les conditions de 
v&rit6 pour le pass6 compos6. Ii faut 
distinguer deux cas: (a) le verbe au 
pass& compos6 est cyclique (b) le verbe 
au pass& compos& est non-cyclique. 
\[Passe compos@ ~\]t = I<=~ 
(a) il existe un intervalle IEt. 
L'action d&not&e par ~ commence au point 
initial de I, se d6veloppe graduellement 
et atteint sa limite naturelle au point 
final de I, 
(b) Ii existe un intervalle I<t. ~ est 
vrai ~ tout t' I. Ii existe un inter- 
valle J qui pr&c~de I imm&diatement et 
un intervalle K qui suit I imm~diatement. 
est faux ~ tout t"eJ et ~ tout t''' K. 

References

I J.F.Pelletier (&d.) Mass Terms, 
Dordrecht Holland, 1979. 

2 A.P.Mourelatos, 'Events, Processes 
and States' dans Lin@uistics and 
Philosophy, vol.2 

3 R.Montague.'Pragmatics and Intensio- 
nal Logic' dans R.Thomason (&d.) 
(1974), Formal Philosophy, New Haven, 
p.125. 
